
J’ai vécu ce parcours éliminatoire à travers deux perspectives bien différentes.
La première, comme partisane du Canadien. J’ai porté le chandail, regardé chaque match et ressenti toute l’électricité qui régnait au Centre Bell. C’est ce qui a rendu ce moment si captivant.
La seconde, comme spécialiste du marketing. Professionnellement, je passe mes journées à aider les marques à gagner en attention, en pertinence et en confiance. C’est pourquoi ce qui s’est passé autour de ces séries m’a presque autant fascinée que ce qui se passait sur la glace.
Le Canadien a amorcé les séries dans le rôle du négligé. Tampa Bay en sept matchs. Buffalo en sept matchs. À chaque ronde, l’espoir grandissait. Pendant six semaines, Montréal ne suivait pas simplement une équipe de hockey : la ville entière participait à un véritable phénomène culturel.
Les drapeaux flottaient aux balcons et aux fenêtres des voitures. Les chandails étaient devenus une tenue de tous les jours. Au Centre Bell, la foule rugissait si fort que certaines montres intelligentes envoyaient des alertes de bruit excessif. Même lorsque l’équipe jouait à l’étranger, les partisans remplissaient l’amphithéâtre simplement pour vivre l’expérience ensemble.
Mais la passion ne s’est pas arrêtée aux partisans. Partout dans la ville, les marques ont elles aussi trouvé des façons de prendre part à l’engouement.
Ce qui rendait ce moment unique, ce n’était pas seulement le sport, mais la convergence qu’il a créée. À une époque marquée par la fragmentation des audiences et les divisions générationnelles, Montréal a vécu quelque chose de rare : un moment où l’âge, la langue et la politique passaient au second plan. C’est justement cette rareté qui explique pourquoi ce moment, et la manière dont les marques y ont participé, est si intéressant.
Plusieurs campagnes se sont démarquées par leur capacité à tirer parti de l’occasion culturelle créée par les séries. Air Canada a notamment lancé la Flamme des partisans à l’extérieur du Centre Bell. Des amateurs de partout dans le monde ont envoyé leurs encouragements en ligne, permettant à une torche de 16 pieds de brûler plus intensément en temps réel, transformant ainsi un actif de commandite en symbole de croyance collective.
IGA a misé sur l’humour et la fierté locale, en intégrant les couleurs des séries à son identité visuelle et en réservant aux équipes adverses les espaces de stationnement les plus éloignés de l’entrée. Les partisans n’y voyaient pas un message corporatif, mais plutôt une marque qui s’amusait avec eux. Une démonstration que la pertinence l’emporte souvent sur la portée.
Intact est demeurée l’une des marques les plus visibles tout au long du parcours. Grâce à sa plateforme « Le rêve est Intact », à ses statistiques diffusées les jours de match et à des exécutions créatives audacieuses dont le désormais célèbre panneau « Un ouragan ne nous arrêtera pas » surplombant le Centre Bell, l’assureur est devenu partie prenante de la conversation plutôt que de simplement faire de la publicité autour de celle-ci.
D’autres marques qui ont réussi à s’intégrer au moment (notamment RONA, Maxi et l’équipe de rue du Canadien) partageaient la même compréhension : participer à un moment culturel, c’est contribuer à le renforcer, et non tenter de se l’approprier.
Ce qui a fait le succès de ces activations est relativement simple : elles ont compris le mandat. Avant de se joindre au prochain grand moment culturel, les marques devraient se poser quelques questions essentielles : est-ce cohérent avec ce que nous sommes ? Avons-nous quelque chose à apporter que ce moment n’offre pas déjà ? Sommes-nous prêts à accepter que le moment soit plus grand que notre marque ?
Les marques qui ont gagné ce printemps ont compris cela instinctivement. Intact ne s’est pas contentée d’acheter de l’espace publicitaire : elle a contribué à la conversation jour après jour. IGA n’a pas forcé l’humour : il semblait naturel. Air Canada n’a pas interrompu l’expérience : elle l’a amplifiée. Elles étaient des participantes, pas de simples spectatrices.
Mais un autre élément est tout aussi important : toutes les marques n’ont pas leur place dans tous les moments culturels. Certaines ont tenté de profiter de l’engouement sans réellement s’y intégrer. Leur présence semblait décalée. Elles n’étaient pas alignées avec la culture du moment, n’apportaient pas de valeur réelle et ramenaient l’attention sur elles-mêmes.
Trop souvent, les marques abordent les moments culturels en se demandant : « Comment pouvons-nous attirer l’attention ? » La meilleure question est plutôt : « Comment pouvons-nous créer de la valeur ? »
C’est ce qui distingue un marketing mémorable d’un simple bruit de fond : la volonté de renforcer les liens émotionnels plutôt que de chercher uniquement des résultats transactionnels immédiats. Les meilleures marques n’interrompent pas la culture. Elles en font partie.
Le Canadien n’a pas remporté la Coupe Stanley. Mais il a offert à Montréal quelque chose de tout aussi précieux : une expérience collective qui a rassemblé une ville entière et nous a rappelé ce que signifie réellement le sentiment d’appartenance.
Pendant quelques semaines inoubliables, Montréal s’est sentie plus vivante que jamais. Et ce n’est qu’un début.
Même si cette réflexion s’appuie sur le hockey, les principes s’appliquent à tous les grands moments culturels : les galas de remise de prix, les mouvements sociaux, les crises qui mobilisent une communauté, les lancements de produits ou encore les transformations d’une industrie.
La question demeure la même : votre marque sera-t-elle spectatrice ou participante ?
La longueur d'avance